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Fintech et innovations digitales : quel sera le paysage financier de demain ?

 

L’année 2016 a vu le nombre de Fintech continuer de croître en France, tandis que les rapprochements se sont intensifiés entre ces acteurs innovants et les acteurs plus établis. La vague d’innovations digitales que connait actuellement le secteur financier pourrait sensiblement changer la donne dans les années à venir et conduire à modeler un paysage financier assez différent de celui que nous connaissons actuellement. Cette révolution digitale pose en outre des enjeux de régulation et d’adaptation des modes de supervision afin de définir un bon équilibre permettant à l’innovation de se développer de manière suffisamment sécurisée.

 

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Le mouvement d’innovations digitales touche tous les domaines de la finance

 

A l’instar de ce que l’on observe dans d’autres pays européens, le marché du paiement est un marché d’innovation particulièrement investi par les FinTech françaises, qui cherchent à proposer des solutions de paiement plus modernes, plus fluides ou plus astucieuses ou à se présenter comme une « banque » plus simple en proposant un compte de paiement plus fonctionnel sur mobile, avec carte de paiement associée et sans découvert possible. Les acteurs proposant des services d’informations sur les comptes -aux consommateurs mais aussi aux professionnels, petites entreprises ou professions libérales- sont assez actifs sur l’hexagone, les modèles s’enrichissant progressivement d’autres services aux clients (conseil financier, comptabilité…). A partir de 2018, ces acteurs exerceront dans un cadre réglementaire défini par la seconde directive sur les services de paiement –DSP2-, en cours de transposition en France. Le domaine du paiement est aussi marqué par des évolutions structurelles dans comme la mise en place du paiement instantané en Europe fin 2017.

 

En matière d’activités de financement, le nombre de plateformes de financement participatif s’est rapidement accru en France après l’entrée en vigueur en 2014 de la réglementation sur le financement participatif pour s’établir à une centaine d’acteurs. En raison notamment de la forte concurrence, un mouvement de consolidation du secteur devrait intervenir. De facto, le marché est déjà assez concentré puisque la part de marché des trois premières plateformes de prêts représente environ 75% du marché.  A l’instar de ce que l’on observe par exemple au Royaume-Uni, le modèle d’affaires des plateformes de financement participatif évolue avec notamment la mise en place de partenariats avec des fonds d’investissement

 

En matière d’assurance, de nombreuses jeunes pousses proposent leurs services et leurs technologies aux entreprises d’assurance pour enrichir leurs prestations tout le long de la chaîne de valeur. On y trouve des propositions d’utilisation du big data et de l’open data pour la tarification et la souscription, au développement de robots et d’objets connectés pour la prévention, ou encore des techniques analytiques de détection de fraude. Le secteur de l’assurance est aussi marqué par le développement de nouveaux circuits de distributions s’appuyant sur les technologies mobiles (chatbot ou robot conversationnel sur les réseaux sociaux), notamment en lien avec le développement de l’économie collaborative.

 

Le métier du conseil financier a lui aussi vu arriver de nouveaux acteurs appelés parfois robot-advisors qui fournissent un conseil financier automatisé et personnalisé pour la gestion de l’épargne financière. Ce conseil s’assoit sur des algorithmes plus ou moins sophistiqués assortis d’une présence plus ou moins forte d’un conseil humain dans le parcours client. 

 

Les banques et les entreprises d’assurance françaises intensifient leur stratégie digitale

 

Ainsi, en réponse au phénomène FinTech, les acteurs établis réfléchissent aux stratégies les plus adéquates pour « doper » leur culture d’innovation et répondre aux défis de la transformation digitale : comment bénéficier du dynamisme et de l’esprit d’entrepreneuriat des FinTech en trouvant la « juste relation » avec l’organisation et le fonctionnement plus classique des établissements financiers? Comment développer une culture interne favorable aux nouvelles technologies à même de convaincre les personnalités entrepreneuriales de mettre à profit leurs idées et leurs compétences au sein de leur entreprise?

 

Les réponses apportées consistent en général en une combinaison d’initiatives internes, de partenariats avec les FinTech, ou encore d’investissements minoritaires ou majoritaires au capital de celles-ci. Les relations avec les Fintech prennent donc différentes formes (incubateurs, sponsors, contractualisations, ateliers croisés etc.) et se sont singulièrement intensifiées au cours de l’année 2016. On relève ainsi une augmentation des partenariats avec les agrégateurs d’informations sur les comptes de paiement, les robot-advisors et les plateformes de financement participatif.

 

Les banques et des entreprises d’assurance testent les innovations technologiques sous-jacentes aux FinTech et en particulier la technologie blockchain, dans le cadre de consortium d’acteurs ainsi que dans le cadre de démarches bilatérales avec des start-ups, notamment pour travailler sur les opportunités récemment offertes par la règlementation en matière d’usage de la blockchain pour les minibons et les titres non cotés. Les autres développements technologiques qui bénéficient d’investissements importants à la fois dans les secteurs de la banque et de l’assurance sont liés au traitement des données, à l’intelligence artificielle et à la connectivité.

 

Au-delà de ces initiatives, la révolution digitale amène les acteurs établis à repenser leurs produits, leurs modes de distribution et leurs sources de revenu. Elle les conduit à revoir la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Elle les pousse à des investissements importants pour rendre plus agiles, plus ouverts mais aussi plus sécurisés, leurs systèmes d’information.

 

 

 

 

Le paysage financier de demain pourra être sensiblement modifié…ou pas

 

 

Imaginer le secteur financier de demain, c’est à la fois impossible et indispensable. Impossible en raison de la diversité des marchés, des incertitudes de l’avenir, des évolutions technologiques continues. Ici comme souvent, il n’existe aucune approche scientifique et seule l’expérience ou l’intuition peuvent nous aider à identifier des tendances et à proposer des scénarios repères. Indispensable car, par-delà les effets d’annonce et la multiplication des initiatives, il s’agit de préparer la supervision de demain et d’anticiper les risques et les opportunités que pourraient causer la transformation digitale du secteur financier.

 

Imaginer le secteur financier de demain, cela impose tout d’abord de décrire le secteur financier d’aujourd’hui. En comparaison, d’autres pays, y compris parmi les pays avancés comparables à la France, le secteur bancaire français se caractérise par sa forte concentration autour de quelques grands groupes bancaires généralistes ou mutualistes. Il faut noter que l’état actuel du marché bancaire est déjà le fruit de mutations qui ont eu lieu au cours des 30 dernières années à la suite de la libéralisation et de la globalisation du secteur financier, de la révolution des technologies de l’information et des évolutions successives de la régulation financière. Les grands groupes bancaires investissent la très grande majorité des services financiers, bénéficient d’une forte présence à l’international et leur modèle intégré couvre l’ensemble du processus, de la relation clientèle à la gestion du risque en passant par la conception produit et la distribution. À contrario, le secteur de l’assurance français paraît plus éclaté, avec des spécialisations par produits plus marquées et une chaîne de valeur partagée entre plusieurs acteurs. Les deux secteurs se caractérisent en France par un niveau élevé de maturité et de concurrence.

 

La stratégie actuelle des acteurs financiers pour répondre aux défis de la transformation digitale vise plutôt à préserver ces équilibres grâce la digitalisation de leurs processus et l’incorporation d’innovations extérieures. À l’instar de la révolution internet, qui avait in fine permis de consolider les positions des acteurs établis, ceux-ci ayant investi dans les banques en ligne, ce serait le scénario de la transformation réussie qui s’appliquerait en France (The Better Bank/Insurance, scénario n°1). Malgré le dynamisme des FinTech, les équilibres de l’écosystème financier français n’ont à ce stade pas sensiblement évolué. Par conséquent, et au regard de l’intensification de la stratégie digitale des acteurs établis, ce scénario demeure tout à fait probable.

 

Cependant, compte tenu de la rapidité avec laquelle les mutations du secteur s’opèrent sous les effets conjugués des évolutions réglementaires, technologiques et de consommation, il est aussi possible que certains acteurs ne parviennent pas à répondre de manière suffisamment efficace à cette nouvelle mutation. Ceux-ci pourraient alors être remplacés par de nouveaux acteurs bancaires ou assurantiels , issus d’autres domaines (comme les télécoms par exemple), jouant à plein de leur « jeunesse » pour saisir avec agilité les opportunités. C’est le scénario de la nouvelle concurrence qui pourrait alors se matérialiser (The New Bank/Insurance, scénario n°2). En revanche, cette nouvelle concurrence ne modifierait pas les équilibres du secteur financier mais viendrait simplement illustrer le processus de création destructrice consubstantiel à la concurrence.

 

Cela étant, plutôt que d’être des acteurs intégrés répliquant les modèles des acteurs existants, les FinTech se développent davantage selon un principe de spécialisation. Ils investissent des marchés de niche, où elles espèrent établir un avantage concurrentiel par rapport aux acteurs existants. C’est particulièrement vrai dans le secteur des paiements où les acteurs se concentrent sur des services et des catégories de clientèle limitées (ex : transfert de fonds, services pour e-commerçants etc.). À court et moyen-terme, cela pourrait concourir à une fragmentation des services financiers (The Distributed Bank/Insurance, scénario n°3), accentuée par la plus forte disposition des consommateurs à faire jouer la concurrence et à juxtaposer leurs partenaires financiers.

 

L’expansion rapide de nouveaux moyens de communication (smartphones, réseaux sociaux) ont permis le développement corollaire de nouveaux canaux de distribution pour les acteurs financiers. Mais comme le développement du e-commerce bouscule le commerce physique, ces nouveaux modèles de relation commerciale mettent sous pression le modèle historique des établissements financiers fondé sur le maillage du territoire par un réseau d’agences, de partenaires commerciaux ou d’agents de distribution. De nouveaux acteurs cherchent ainsi à capitaliser sur leur savoir-faire technologique et la jeunesse de leur système d’information pour proposer une nouvelle interface de relation clientèle sur laquelle se grefferait différents prestataires financiers. Ce scénario de réintermédiation (The Reintermediated Bank/Insurance, Scénario n°4), où les acteurs financiers abandonnerait la relation clientèle au profit de nouveaux acteurs pour se concentrer sur la conception produit et la gestion du risque, peut être illustré par la multiplication des projets d’intermédiation (robo-advisor pour la gestion de l’épargne financière, chatbot pour la souscription d’assurance non-vie, agrégateur de compte pour des services de coaching financier à destination des particuliers et des entreprises etc.) ou encore par les velléités des réseaux sociaux dans le secteur financier (Facebook agréé comme établissement de paiement en Union Européenne, WeChat en Chine etc.). Ce scénario est possible à moyen et long-terme tant l’économie numérique peut favoriser les positions dominantes (cf. Google sur les moteurs de recherche, Facebook sur les réseaux sociaux) mais il est très hypothétique, aucun acteur n’ayant réussi en France à obtenir une position significative ou dominante pour la distribution de services financiers.

 

Au regard de l’émergence de l’économie collaborative ou de technologie disruptive comme le blockchain publique de type bitcoin, certains imaginent des scénarios beaucoup plus disruptifs et notamment la désintermédiation pure et simple du secteur financier (The Disintermediated Bank/Insurance, scénario n°5) où des plateformes conjuguées avec des algorithmes sophistiqués d’appariement pourraient se substituer aux intermédiaires financiers, où des technologies sans tiers de confiance établi pourraient se substituer aux infrastructures de paiements et de marché. Si les modèles de financement participatif donnent une illustration concrète de ce scénario, ce scénario me paraît très peu probable. Du point de vue économique, il se heurte inévitablement à la différence des préférences entre les prêteurs et les emprunteurs, à l’inévitable besoin de transformer les échéances, les risques et les rendements pour assurer la complémentarité des besoins et plus largement à l’imperfection des marchés financiers (coûts de transaction, asymétrie d’information, aléa moral). Du point de vue technologique, les limitations de la blockchain publique ne permettent pas d’envisager un usage généralisé de cette technologie.   

 

Au final, la finance restera probablement très largement intermédiée mais ce sont les formes de l’intermédiation, la répartition des rôles le long de la chaîne de valeur et le rapport de force qui en découlera qui sont susceptibles de faire évoluer le secteur financier.  

 

 

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Au-delà des bénéfices attendus, la révolution digitale n’est pas sans risques. Des risques tout d’abord de perte de parts de marché pour les acteurs établis qui ne parviendraient pas à se renouveler de manière suffisamment rapide et adéquate face  à cette nouvelle concurrence, portée par les Fintech mais aussi des Big tech (GAFA, opérateurs télécom).  Des risques aussi pour le système financier, qui sont liés à la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, à la cybersécurité, à la sécurité des fonds de la clientèle et des paiements, à la protection des consommateurs et à l’usage de leurs données personnelles. Naturellement, tous les acteurs –qu’ils soient récents ou plus établis- sont confrontés à ces risques.

 

La finance digitale impose donc à la fois une démarche d’ouverture mais aussi une vigilance accrue, tant des acteurs que des superviseurs et appelle une coopération renouvelée entre les différents superviseurs. C’est ce que nous faisons à l’ACPR, avec la mise en place depuis l’été 2016 d’un pôle Fintech Innovation véritable point d’entrée unique pour les acteurs innovants et d’une instance de dialogue de Place, le Forum Fintech co-animé avec l’AMF, auquel la CNIL et TRACFIN sont maintenant associés, afin de traiter des enjeux de régulation liés à l’innovation financière.

 

 

 

 

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