Banques traditionnelles et Fintech : un équilibre à construire

 

Dans un contexte de forte pression sur les marges, couplé à l’explosion des offres disruptives proposées par les FinTech, les banques traditionnelles doivent aujourd’hui trouver les moyens d’innover au sein d’un écosystème bouillonnant.

 

 

 

 

Les services financiers : un environnement fortement concurrentiel…

Le développement des FinTech dans l’industrie financière s’est confirmé ces dernières années avec un investissement total de 49,7 milliards USD entre 2010 et 2015[1] dans le monde. Des levées de fonds records ont d’ailleurs eu lieu en 2016 avec en tête la néo-banque britannique Atom Bank et 135 millions GBP.

Les domaines les plus représentés par les FinTech sont les paiements, crédits, épargne et crypto-monnaies.

La particularité des FinTech est d’adresser des besoins très précis sur des domaines limités. Cela leur permet ainsi de se focaliser sur l’expérience client en proposant des parcours de souscription et des systèmes de gestion innovants.

A contrario, malgré une base client importante et des moyens marketing largement supérieurs, les banques traditionnelles, pour conquérir de nouveaux clients et proposer des services permettant de maintenir les niveaux de revenu et de profitabilité, n’ont d’autres choix que d’innover.

 

… et strictement règlementé

En plus d’un environnement devenu fortement concurrentiel, les acteurs historiques du marché doivent également compter sur l’augmentation de la pression règlementaire, telle que par exemple avec la Directive DSP2 (Directive sur les Services de Paiement 2). Cette dernière, qui entrera en vigueur le 13 janvier 2018, a pour objectif d’encourager l’innovation dans le domaine bancaire et plus particulièrement des paiements. Trois mesures principales:

  • Encadrer l’activité des sociétés opérant dans le domaine des paiements qui devront désormais obtenir le statut d’établissement de paiement,

  • Contraindre les banques à ouvrir leur système d’information pour permettre à ces établissements de les utiliser dans le cadre de leurs services (via des API),

  • Inciter les différents acteurs à améliorer la sécurité des transactions afin notamment de limiter les risques de fraude.

 

Concrètement, les nouveaux entrants sur le marché des paiements (FinTech, GAFA) pourront donc initier des paiements sur les comptes bancaires des clients directement depuis leur interface. La désintermédiation des banques traditionnelles devient donc un phénomène réel.

Au niveau français, l’AMF suit de près l’activité des FinTech et a créé en juin 2016 une division dédiée à l’innovation nommée FIC (Fintech, Innovation et Compétitivité)[2]. Cette division travaillera conjointement avec l’ACPR dans le but de suivre et de réguler l’innovation dans les services financiers.

 

Quelles-sont les options des banques traditionnelles pour s’inscrire dans cette dynamique d’innovation ? Selon Greg Baxter, directeur du numérique Monde pour Citigroup, deux options majeures s’offrent à elles par rapport aux Fintech : la copie ou le rachat[3].

 

Copie ou l’innovation en interne

La première option des banques consiste à innover en reprenant les concepts mis en place par certaines Fintech afin d’améliorer l’expérience client. Un certain nombre d’acteurs historiques ont effectivement opté pour cette option comme le Crédit Agricole avec notamment la mise en place d’une souscription de compte en dix minutes en agence via des tablettes[4].

Le groupe BPCE a également annoncé en octobre 2016 le lancement d’un agrégateur de compte basé sur une solution développée en interne[5].

Cette option pose néanmoins la question de l’agilité au sein des grands groupes. En effet, si les banques traditionnelles souhaitent développer l’innovation en interne, celles-ci se doivent d’être agiles autant d’un point de vue des systèmes d’informations que de l’organisation. Le défi majeur consiste donc à intégrer des cellules d’innovation au sein de l’organisation existante permettant de créer des solutions s’interfaçant avec les systèmes dits « legacy ».

 

Rachat et prise de capital

Le rachat ou la prise de capital dans des Fintech peut également être un moyen pour les groupes bancaires historiques d’intégrer plus rapidement des solutions innovantes à leur parcours client.

Le Crédit Mutuel Arkéa fait partie des plus actifs dans ce domaine. En effet, après l’entrée au capital de Lynxo et le rachat de la cagnotte en ligne Leetchi, le groupe mutualiste a annoncé en septembre une prise de participation dans la société de gestion Vivienne Investissement à haute de 28%[6]. En 2015, Boursorama a également acquis 100% de la Fintech Fiduceo, spécialisée dans la gestion des finances personnelles[7].

Cette option est aujourd’hui plébiscitée par 25% des groupes bancaires dans le monde, avec néanmoins une disparité constatée entre les banques nord-américaines (30%) et européennes (22%)[8].

Dans le cas où une banque intègre effectivement une Fintech, un piège majeur est à éviter : l’inscrire complètement dans l’organisation et les processus existants. Cela aurait comme effet possible de brider la poursuite des capacités d’innovation et de réduire ainsi le rendement de l’investissement.

 

Partenariat ou l’intégration des services

Il existe cependant une troisième option pour les banques traditionnelles qui consiste à travailler en partenariat avec les FinTech en intégrant leurs services au sein de leur offre.

En effet, comme évoqué plus haut, les FinTech ont su développer des expertises très pointues dans des domaines très précis de l’activité bancaire. Il peut donc être plus intéressant pour une banque en termes de « Time to Market » d’intégrer la solution d’une FinTech pour une activité très précise plutôt que de développer une solution en interne, ou racheter une société.

 

Du point de vue client, cette solution permet également de simplifier les démarches. Effectivement, avec la multiplication des offres proposées par les FinTech, là où un client avait auparavant un seul interlocuteur pour tous ses besoins, il peut désormais se retrouver face à de nombreux acteurs sans aucun moyen de coordonner l’ensemble.

De plus, même si les agrégateurs de comptes ont enrichi leurs offres au fil des années, rares sont ceux qui intègrent les services de robo-advisor. L’application LaFinBox de CrossQuantum fait figure d’exception en ayant ajoutée la FinTech française Yomoni la liste des établissements disponibles en octobre 2016[9].

La néo-banque allemande N26 (anciennement Number26) a d’ailleurs décidé de se positionner en tant que Fintech Hub selon son CEO Valentin Stalf. La banque d’outre-Rhin a déjà démarré en intégrant les services de la Fintech spécialisée dans les virements internationaux TransferWise. La banque étudierait des partenariats avec d’autres Fintech sur les domaines de l’investissement, de l’épargne et du crédit[10]. Elle a également lancé en octobre 2016 une carte MasterCard World Elite payante incluant des services d’assurance fournis par Allianz. Ces annonces font suite à l’obtention de la licence bancaire par N26 en juillet 2016[11].

 

En plus de représenter un atout pour les clients finaux, l’intégration de services de Fintech au sein de l’offre des banques traditionnelles permet donc de réduire considérablement le Time to Market de solutions innovantes.

De plus, elle permet aux acteurs historiques, et notamment aux CIO (Chief Information Officer) et CDO (Chief Data Officer) de se focaliser sur ce qui représente à la fois leur atout majeur et leur plus grand défi : le traitement et l’analyse des données clients. Cet enjeu sera en effet au cœur des préoccupations des banques à horizon 2020.

 

 

 

[1] Source : Etude Madyness – ecoreuil.fr (29/07/2016)

[2] Source : Communiqué de presse AMF (30/05/2016)

[3] Source : La Tribune – « La banque du futur doit devenir une plateforme, selon Citigroup » (22/11/2016)

[4] Source : Les Echos – « Les banques passent au compte courant express » (06/09/2016)

[5] Source : Les Echos – « Les grandes banques française lancent leur agrégateur de comptes » (17/10/2016)

[6] Source : La Tribune – « Crédit Mutuel Arkéa entre au capital de la Fintech Vivienne Investissement » (26/09/2016)

[7] Source : Communiqué de presse Boursorama (19/03/2015)

[8] Source : Etude Business Insider Intelligence (Fintech Briefing) – (19/09/2016)

[9] Source : LaFinBox – « Nouveaux établissements disponibles sur LaFinBox ! » (14/10/2016)

[10] Source : TechCrunch – « Number26 raises another $40 million for its vision for the future of banking » (21/06/2016)

[11] Source : Financial Times – « German challenger bank receives full banking licence » (21/07/2016)

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